La revue Sociologie et sociétés

Contexte historique

Lorsque Sociologie et sociétés a été créée, le milieu universitaire québécois était en pleine effervescence et en particulier dans le domaine des sciences sociales et humaines. D’entrée de jeu, le promoteur du projet mettait l’accent sur le contexte particulier de la société québécoise au Canada et en Amérique du Nord.

À l’instar des autres disciplines des sciences sociales et humaines, la sociologie participait alors activement à la modernisation et au développement d’une société marquée par « une forte différentiation de son milieu ambiant, par son histoire, sa langue, ses traditions politiques, économiques, administratives, religieuses, scolaires et ses productions artistiques » (Dofny, 1969 : 4).

Il faut se souvenir que la fin des années 1960 au Québec correspondait à une époque de grande fébrilité sur le plan social, politique, économique et culturel, et, en même temps, à la renaissance du mouvement d’affirmation nationale.

Cela faisait suite aux lendemains de la Révolution tranquille – une période intense de modernisation de la société québécoise – que les observateurs de la scène politique délimitent en général du début des années 1960 jusqu’à 1968.

Contexte scientifique

Dans ce contexte, les sciences sociales et particulièrement la sociologie étaient fortement sollicitées par les pouvoirs publics et mises à contribution dans le but de jouer un rôle de conseil auprès des décideurs, mais aussi plus largement, afin de fournir des éléments de connaissance du social et de contribuer à la compréhension des enjeux de société.

De surcroît, au même moment, on assistait à une forte expansion et restructuration de l’université. C’est dire que la sociologie se trouvait sollicitée de toutes parts.

Rétrospectivement, on peut dire que la création d’une revue tournée en priorité vers un appui direct à la pensée et à la réflexion sociologiques apparaissait alors facile à justifier.

Spécificités de la revue

La revue publie deux numéros par année qui relèvent la plupart du temps de sociologies sectorielles (sociologie de l’éducation, sociologie de la famille, sociologie des biotechnologies, sociologie des mouvements sociaux, sociologie de la mode, etc.), pour ne mentionner que les derniers thèmes abordés.

Cette apparente contradiction – entre, d’un côté, s’inscrire d’une manière pointue à l’intérieur de sociologies sectorielles et, de l’autre, promouvoir une réflexion théorique qui rejoint les débat théoriques, méthodologiques, voire épistémologiques d’une sociologie générale (par définition trans-sectorielle) – constitue un élément central du dynamisme même de la revue.

Il s’agit à chaque fois pour les nos thématiques d’introduire des éléments de réflexion et d’analyse qui dépassent les sociologies sectorielles tout en demeurant ancrées dans celle-ci.

Les sociologies sectorielles (qui mettent l’accent sur l’étude de la famille, de la santé, des mouvements sociaux, de la ville, du sport, etc) ont souvent tendance, compte tenu des exigences de spécialisation qui les caractérisent, à considérer leur domaine d’étude d’une manière systémique ou à prendre comme point de départ le fait que les pratiques sociales relèvent en priorité sinon exclusivement d’une logique sectorielle.

Notre intention est clairement de rompre avec ce type d’approche.

Pour une sociologie francophone interdisciplinaire

Nous voyons plutôt les différents domaines d’étude comme des points d’entrée pour une compréhension de la restructuration des rapports sociaux et des dimensions sociétales engagées par ces objets (sectoriels).

En d’autres termes, on n’étudie pas la ville, les mouvements sociaux, les systèmes d’éducation pour eux-mêmes, mais pour ce qu’ils nous apprennent des transformations sociales en cours.

Il existe donc une relation nécessaire mais conflictuelle (du moins en partie) – il serait sans doute plus juste de parler de tension – entre, d’un côté, les exigences de l’analyse tournée vers un domaine de spécialisation et, de l’autre, le souci d’introduire un point de vue sociologique sur les processus de structuration du social qui dépassent ou échappent en partie à une démarche d’analyse centrée d’une manière trop exclusive sur des objets sectoriels.

On retrouve ici la mission initiale de la revue qui était de contribuer, par delà les frontières du Québec, au débat sociologique général.

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